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REVENU
ET VIABILITE DES EXPLOITATIONS
EN
AGRICULTURE PLUVIALE AU MAROC
Mohammed
BAJEDDI
Ingénieur
en Chef Expert de la FAO,
de
la GTZ et du PNUD

Les questions foncières ont toujours constitué une
contrainte majeure pour le développement de l'agriculture marocaine. Les
réalisations concrètes et de portée nationale pour améliorer les
structures foncières sont négligeables si on exclut les opérations
très limitées de remembrement et d'immatriculation des terres agricoles
et la création du secteur de la réforme agraire.
Durant la dernière décennie l'Etat marocain a
manifesté un intérêt aux problèmes liés à la diversité des modes
d'accès à la terre, à l'utilisation et la conservation des ressources
naturelles et la qualification de l'exploitation agricole en bour. Le
débat est en cours pour élaborer une politique agricole qui s'insère
dans le cadre d'une politique globale de développement rural et de
développement économique et social du pays. Ces politiques clairement
définies doivent nourrir un programme d'action à long terme sur le
terrain dans la perspective d'une restructuration nationale de l'appareil
productif compatible avec les impératifs de développement agricole.
Les problèmes du rural sont plus accentués dans les
terres situées en zones bour qui regroupent plus de 90% de la population
rurale et subissent le morcellement excessif et continu des terres
agricoles suite aux héritages, à la pression démographique sur la terre
et aux transactions immobilières, qui affectent de façon directe la
production et la productivité terres agricoles. Cette situation
anachronique ne permet pas de valoriser l’effort consenti par la
population rurale dans les zones bour pour subvenir à ses besoins minimum
d’entretien et de reproduction et assurer sa viabilité.
Conscient la gravité de la situation, l'Etat a pris
quelques dispositions réglementaires en vue d’intégrer une large
fraction du monde rural dans une perspective de développement rural
général. A titre d’exemple, la décision du Gouvernement marocain d’intensifier
ses interventions au niveau des zones bour (Loi 34-94 promulguée en
1995).
Malheureusement, depuis 1995, les réalisations en
terme d’enveloppe budgétaire et de réalisations concrètes dans les
zones bour sont insignifiantes. C’est pourquoi, il est souvent désolant
de constater un écart flagrant entre les intentions - discours
démagogues et l’action palpable sur le terrain. Le résultat en est la
détérioration sans cesse du niveau de vie des populations rurales.
Sept ans après le début de la mise en oeuvre, il est
temps d’évaluer objectivement l’expérience de développement des
zones bour et d’ajuster les intentions avec les possibilités offertes
et déclarées. Sans oublier que d'ici peu de temps le secteur agricole
sera appelé à se replacer dans le cadre de la globalisation.
Le présent résumé présente un extrait du chapitre
relatif à la pauvreté dans les zones d'agriculture pluviale au Maroc
I- LA PROBLEMATIQUE DE DEVELOPPEMENT RURAL DES ZONES
BOUR
Les régions bour intermédiaire et défavorable se
caractérisent par une agriculture traditionnelle d’autosubsistance avec
des rendements et une productivité très faibles par rapport aux facteurs
de production terre et main-d’œuvre, d’autant plus que les options d’introduction
des nouvelles technologies (semences sélectionnées, engrais,
mécanisation) sont très limitées par des facteurs climatiques (manque d’eau
et faible pluviométrie), institutionnels (morcellement des exploitations,
manque des programmes de remembrement, manque de crédit et de
vulgarisation et faible accès au marché) et structurels (manque de
stockage adéquat, de transport et de pistes rurales).
Tout ceci conduit à la marginalisation de l’agriculture
pluviale associée à la pauvreté, au sous-équipement, à l’aridité
et la désertification et à des conditions socio-économiques
déprimantes pour le développement Ses conclusions sont le résultat
d'une analyse des contraintes des zones bour que tout un chacun connaît.
Comment le Gouvernement marocain a essayé de pallier à ce problème de
retard technologique et préparer de nouvelles techniques adaptées ?
Comment peut on envisager l'avenir des populations rurales situées en
bour à la lumière de la mise en œuvre des fameuses dispositions de la
globalisation?
Dans tous les cas le temps presse et les prémisses
d'une décision politique doivent connaître le jour et être soumises aux
intéressés qui ne sont autres que 90% de la population rurale.
Le monde rural en général et les zones bour en
particulier, connaissent des seuils de pauvreté alarmants. Une estimation
du seuil de pauvreté, établi pour 1998/99 à 3 922 DH/personne/an
en milieu urbain et à 3 037 DH/personne/an en milieu rural.
La détermination de ce seuil est basée sur
l'estimation des dépenses alimentaires et non alimentaires. Pour les
premières, il s’agit du coût d'un panier des biens alimentaires qui
garantit le niveau d'énergie nutritive de 2000 Kilo-calories (soit
2 400 Kilo-calories pour un adulte). On définit ainsi le seuil de
pauvreté alimentaire qui s'élève, en 1998, à 1 962 DH/personne/an
dans les villes et à 1 878 DH/pers./an dans les campagnes. Le
reste, ou la différence, correspond aux dépenses non alimentaires qui
font partie du seuil de pauvreté. Les coefficients budgétaires
alimentaires ont été estimés à 50.04% en milieu urbain et à 61.87% en
milieu rural.
Selon cette méthode, le taux de pauvreté au Maroc a
été estimé pour l'ensemble du pays à 19% pour 1998/99 (12,0% pour
l'urbain et 27,2% pour le rural).
Malheureusement, il n'a pas été possible d'avoir des
chiffres sur la pauvreté dans les zones d'agriculture pluviale. Les
résultats de notre enquête nationale permettent d'apporter des
informations dans ce domaine.
En conséquence on peut qualifier le secteur bour par :
 |
une agriculture de subsistance. Les politiques et les actions qu'il
faut dans ce cas sont des politiques sociales et focalisées de lutte
contre la pauvreté ; |
 |
une
agriculture stationnaire, mais avec un potentiel productif. La sortie
de cette impasse exige des politiques ciblées pour donner une plus
grande efficacité en termes de développement rural. Des subventions
généralisées sans focalisation de bénéficiaires sont assez
coûteuses et ne peuvent qu'aggraver la pauvreté dans les milieux
lésés et avantager les agriculteurs aisés ; |
 |
une
agriculture qui marginalise de larges couches rurales. Les subventions
de l'Etat sont absorbées par les grandes et moyennes exploitations.
Ces exploitants ont atteint un niveau de productivité, de
mécanisation et d'efficience de travail, tel qu'ils peuvent se passer
des conseils techniques des DPA et des CT. |
La
pression sur la terre est très grande et elle n'est pas de nature à
améliorer la productivité des terres. Ce qui implique, entre autre, la
libération d'une force de travail sous exploitée dans le secteur
agricole. Cette libération a constitué une forme d'intégration de
l'agriculture dans le processus de développement dans les pays
actuellement développés.
Effectivement, le redéploiement de la force de travail
a permis aux pays actuellement avancés de développer une industrie.
Au Maroc, en l'absence d'une industrie capable
d'absorber la force de travail libérée de l'agriculture, c'est le
capital international qui dirige selon ses intérêts l'élévation du
niveau des forces productives.
En face des puissances capitalistes, le Maroc n'a
guère de possibilités indépendantes et aussi longtemps qu'il est
contraint d'utiliser la technologie étrangère, il aura besoin
d'accroître sans cesse le volume de ses échanges extérieurs. Ceci
implique le déplacement du surplus réalisé dans l'agriculture vers les
pays développés et parallèlement la création de débouché pour leurs
imputs industriels.
Devant cette situation, la force de travail libérée
du secteur agricole ne peut que subir trois voies : l'immigration vers les
villes, ou détournée vers les branches d'activités dominées par le
capital international, ou finalement en l'absence d'industrie nationale
elle subit tout simplement la dégradation totale et le chômage.
II APPROCHE ET CONCEPT DU REVENU ET DE LA VIABILITE DES
EXPLOITATIONS AGRICOLES SITUEES EN BOUR
A- Ambiguïté de la notion du revenu agricole.
Il importe
d'avancer d'emblée que la notion du revenu couvre plusieurs situations,
car la baisse ou la hausse du revenu agricole n'est pas absolue mais
relative aux revenus des autres secteurs de l'économie nationale. Le
déclin de ce revenu s'explique par les prélèvements des
intermédiaires, l'augmentation du prix des intrants et des imputs
industriels, qui réduisent le revenu net. D'autre part, une récolte
abondante, en raison de la baisse des prix par le jeu de l'offre et de la
demande, affecte le revenu. Les mesures de soutien direct du revenu
agricole risquent d'aboutir à des résultats décevants si d'autres
interventions visant à revoir les structures agricoles n'ont pas eu lieu.
Un autre fait saillant, est que tous les Etats sont
intervenus, à un certain moment, par des politiques de revenu pour
promouvoir l'amélioration de la production ou pour corriger la
répartition du revenu.
Dans ce travail, nous avons considéré le revenu
agricole moyen pondéré en sec comme étant le résultat global moyen de
toutes les exploitations agricoles polyvalentes situées dans une zone
homogène et utilisant parfois l'eau pour des irrigations d'appoint, de
manière très aléatoire en fonction des conditions climatiques et sur
des superficies très réduites.
B- Approche régionale du revenu agricole
L'objectif recherché est de déterminer le revenu
agricole et le seuil de pauvreté dans une zone agro-écologique dite
"zone homogène", dans laquelle tous les facteurs intrinsèques
et extrinsèques sont censés être les mêmes. Ceci implique que les
potentialités de productions sont supposées être uniformes. De ce fait,
la différence entre les résultats réalisés par les exploitations au
niveau de chaque zone provient uniquement de l'utilisation des facteurs et
des moyens de production, décrite souvent comme étant "l'efficience
technique".
A cet effet, on a procédé sur la base de critères au
découpage du territoire agricole national bour en 121 zones
agro-écologiques homogènes.
La méthode analytique conçue pour la délimitation
des zones agro-écologiques homogènes repose donc sur le classement des
sols en fonction des similitudes des trois facteurs écologiques majeurs
(climat, relief et type de sol).
III RESULTATS DES ENQUETES
C- Faiblesse du revenu dans les zones agricoles bour
Le revenu moyen pondéré dans les zones bour s'élève
à 2.999,53 dh/ha/ an variant de 93,10 à 14.421,09 dh/ha/an selon les
régions.
En se basant sur les résultats du Recensement
Général de l'Agriculture de 1996 qui a calculé la superficie moyenne
par exploitation à l'échelle nationale à 6,1 ha; et considérons le
revenu agricole moyen pondéré tel qu'il est calculé au niveau de tout
le bour national dans le cadre de la présente étude et qui est fixé à
2.999,53 dh/ha/an et compte tenu de la taille de la famille dans une
exploitation agricole qui est de six personnes, on peut déduire que à
l'échelle nationale du bour :
4Le
revenu agricole moyen par exploitation est de 18.113,52 dh/an ;
4Le
revenu par personne est de 3.018,92 dh/an ;
4Le
revenu journalier par personne est de 0,91 $US par jour ;
Il ressort que le revenu agricole moyen en zone bour
est en deçà du seuil de pauvreté qui est de 3.037,00 dh/personne/an. Le
problème prend toute une dimension dramatique si l'on considère que
cette moyenne nationale cache des réalités dues aux disparités
apparentes dans la distribution de la terre et du revenu. Ainsi en se
basant sur les résultats de nos enquêtes nous constatons que 70% des
exploitations dégagent un revenu annuel par personne inférieur à 0,75
$US. Même pas de quoi survenir au pain et thé quotidiens!
D- Supériorité du revenu sur les terres fertiles
et arrosées
Classement des régions en fonction du revenu agricole
moyen (dh/ha/an)
|
Ordre |
Région |
RA Moyen |
|
En principe, le revenu agricole est élevé
dans les zones favorables du point de vue climat, relief et sol.
Mais, les résultats de l'enquête SME ne permettent pas
d'établir de façon catégorique et systématique que le revenu
est élevé dans les zones homogènes situées dans les régions
favorables. Car, on note que, partout au Maroc il existe une
stratification géographique des différentes régions agricoles
en fonction des caractéristiques de potentialités agricoles
dominantes. Cela signifie, qu'on peut trouver des zones homogènes
à faible revenu dans des zones dites favorables et inversement.
Pour cerner davantage la relation entre le
revenu et la situation géographique, nous avons procédé à un
calcul très grossier du revenu agricole moyen pondéré par
Province ou Wilaya, sachant que cette moyenne est utilisée pour
amplifier toutes les caractéristiques secondaires au profit des
principales tendances.
Globalement, la stratification des régions
selon le revenu moyen pondéré confirme clairement le niveau des
potentialités agricoles reconnu à chaque région du Maroc. |
|
1 |
MEKNES |
6,064.59 |
|
|
2 |
EL JADIDA |
5,810.63 |
|
|
3 |
BEN SLIMANE |
4,882.22 |
|
|
4 |
FES |
4,862.28 |
|
|
5 |
RABAT/SALE/TEMARA |
4,263.40 |
|
|
6 |
TANGER |
3,905.84 |
|
|
7 |
CASABLANCA |
3,838.98 |
|
|
8 |
MARRAKECH |
3,829.82 |
|
|
9 |
AGADIR |
3,476.00 |
|
|
10 |
KHOURIBGA |
3,374.81 |
|
|
11 |
KHEMISSET |
3,350.32 |
|
|
12 |
BOULEMANE |
3,222.41 |
|
|
13 |
SETTAT |
3,213.43 |
|
|
14 |
BENI MELLAL |
3,095.80 |
|
|
15 |
AZILAL |
3,041.27 |
|
|
16 |
SIDI KACEM |
2,890.86 |
|
|
17 |
TAOUNATE |
2,744.87 |
|
|
18 |
SAFI |
2,621.21 |
|
|
19 |
EL KELAA |
2,519.46 |
|
|
20 |
TAZA |
2,497.31 |
|
|
21 |
TETOUAN |
2,230.30 |
|
|
22 |
NADOR |
2,053.78 |
|
|
23 |
CHEFCHAOUENE |
2,043.56 |
|
|
24 |
IFRANE |
1,643.20 |
|
|
25 |
OUJDA |
1,581.15 |
|
|
26 |
AL HOCEIMA |
1,531.15 |
|
|
27 |
KHENIFRA |
1,499.83 |
|
|
28 |
TIZNIT |
1,250.89 |
|
|
29 |
ESSAOUIRA |
946.69 |
|
E- Supériorité de l'intensité du revenu agricole dans les petites
exploitations
Le revenu agricole moyen national dh/ha/an
| Taille (ha) |
RA Moyen national |
| 0 - 5 |
4.257,85 |
| 5 - 10 |
3.324,47 |
| 10 - 20 |
2.877,20 |
| 20 - 50 |
2.533,26 |
| 50 et + |
2.660,08 |
Globalement, le revenu agricole moyen à l'hectare est
inversement proportionnel à la taille des exploitations.
Toutefois, cette supériorité de la petite sur la
grande exploitation n'est pas absolue au niveau de toutes les zones
homogènes. Le revenu agricole varie d’une zone à l’autre en fonction
des conditions agro-écologiques; ce qui montre la grande disparité dans
la formation du revenu d’un espace agricole à l’autre. Cet
enseignement est fort important pour les structures chargées de
développement agricole pour initier des programmes spécifiques à chaque
cas de figure.
En conséquence, on peut conclure que nos résultats
confirment bien la supériorité de la petite par rapport à la grande en
ce qui concerne le revenu agricole moyen par hectare de
polyculture-élevage. Ceci implique que, ces notions de taille de
l'exploitation ont une signification très limitée si l'on ne tient pas
compte du mode de production et des capitaux investis.
Aussi, cette supériorité de la petite sur la grande
exploitation si elle constitue une règle générale elle n'est non plus
absolue (concerne seulement 70% des cas), car dans plusieurs zones
agro-écologiques cette supériorité n'est pas établie.
Enfin, il y a lieu de signaler que toutes les études
relatent la supériorité de la petite propriété sans toutefois décrire
les conditions de travail pénibles de l'exploitant et de sa famille pour
éviter d'être constamment évincé par la grande exploitation agricole.
Ceci implique que dans la petite propriété assurer la subsistance passe
inéluctablement par l'exploitation à outrance de leur force de travail.
F- Prédominance de la production végétale dans la
formation du revenu
Globalement la production végétale contribue à
raison de 59,24% du revenu agricole contre 40,76% pour la production
animale.
Concernant la vocation agricole des régions, on constate que:
Ø dans 44,8% des régions, toutes les
zones homogènes sont marquées par la prédominance de la production
végétale; il s'agit de Tiznit, Tanger, Safi, Casa, Al Hoceima, Nador,
Marrakech, Sidi Kacem, Settat, Beni Mellel, Chefchaouene, Taounate et
Meknès.
Ø dans 10,3% des
régions, toutes les zones homogènes se distinguent par la prédominance
de la production animale; il s'agit de Azilal, El Kalâa et Kouribga.
Ø dans 44,9 % des
régions, on trouve à la fois des zones à prédominance de la production
végétale et d'autres à prédominance de la production animale. Il
s'agit de El Jadida, Essaouira, Fes, Oujda, Ben Slimane, Rabat Salé
Temara, Agadir, Khénifra, Taza Khémisset, Boulemane, Ifren et Tétouan.
Néanmoins, cette évaluation en terme de contribution
à la formation du revenu, n'est en rien le signe ni d'une spécialisation
des exploitations ni de la dominance de l'une des spéculations végétale
ou animale par rapport à l'autre. A l'inverse, l'existence de ces deux
spéculations rend compte à la fois des besoins manifestes des
exploitations pour assurer leur pérennité et tirer profit de toutes les
conditions du milieu environnant.
Les différences constatées prennent alors un tout
autre caractère puisqu'elles ne sont que différence de moyen de
production en premier lieu et des conditions du milieu en second.
IV- SOMBRE DIAGNOSTIC DE LA PAUVRETE DANS LES ZONES
BOUR
G- Redéfinition du seuil de pauvreté dans les zones
bour
La notion de pauvreté doit être actualisée en
fonction des données réelles du terrain et des possibilités permises
pour renverser les tendances.
Les données actuelles vont vers une utilisation de
moins en moins des enfants pour les travaux agricoles et leur orientation
vers la scolarisation obligatoire. Et le travail des parents devra en
conséquences assurer les besoins de la famille.
En tenant compte de ces éléments, le travail agricole
devra assurer un salaire minimum garantie d'au moins 2 SMAG (femme et
homme); soit un revenu annuel de 27.720,00 dh/foyer et par an.
Cela implique qu'une exploitation agricole doit avoir
au minimum une superficie qu'on va appeler "Superficie Minimum
d'Exploitation" (SME) qui pourra permettre de réaliser un revenu
minimum de 27.720,00dh./an.
En conséquence, la SME est calculée par la formule
suivante:
|
SME = (Ha) |
27.720,00 dh
-----------------------
Revenu agricole dh/ha |
Les composantes entrant dans le calcul de la SME (SMAG
& revenu agricole) posent problème :
Ø Le SMAG peut varier à
la hausse, à tout moment, sous la pression des revendications syndicales
et de la conjoncture politique ;
Ø Le salaire agricole
varie dans le temps et dans l'espace en fonction de l'offre et de la
demande (l'activité agricole et son intensité). De ce fait, le SMAG est
un mythe pour la paysannerie; car le salaire en agriculture obéit à la
loi de l'offre et de la demande. Le SMAG est souvent dépassé ;
Ø Parallèlement le
revenu agricole reste un "fluctuant", car c'est la résultante
d'une activité aléatoire au même titre que le climat. Mais son calcul
sur une période relativement longue peut atténuer l'effet des
fluctuations saisonnières et aboutir in fine à des résultats
relativement stables. En tout cas plus stables que le SMAG.
H- Des conditions difficiles pour assurer la viabilité
dans les zones bour
Les résultats de nos enquêtes montrent que pour
assurer la viabilité des familles dans les zones bour, il faut au moins
une SME de :
| Régions |
SME
Ha |
|
Il
ressort que la SME varie de 4,99 ha à El Jadida à 30,96 ha à
Essaouira. Ce classement permet, en outre, d'apprécier
globalement le niveau de productivité de chaque région, quoique
la SME, à l'image du revenu agricole, soit fonction de plusieurs
facteurs à la fois physiques, socio-économiques, historiques,
etc.
Dans
les 121 zones homogènes couvrant le bour, la SME d'une
propriété agricole située en sec varie de 3,33 ha à 40,83 ha
en fonction des conditions agro-écologiques. Les données
montrent que la S.M.E. est la résultante d'un ensemble de
facteurs très hétérogènes, et par conséquent, on peut
réaliser des revenus très proches dans des zones différentes
voire même très éloignées. On note aussi un écart de SME
entre les zones de la même région. |
| EL JADIDA |
4,99 |
|
| FES |
5,86 |
|
| BEN SLIMANE |
6,10 |
|
| MEKNES |
6,24 |
|
| RABAT-SALE-TEMARA |
7,02 |
|
| TANGER |
7,22 |
|
| MARRAKECH |
7,60 |
|
| SETTAT |
7,67 |
|
| CASABLANCA |
7,73 |
|
| AGADIR |
8,00 |
|
| KHOURIBGA |
8,81 |
|
| KHEMISSET |
9,05 |
|
| AZILAL |
9,56 |
|
| SIDI KACEM |
9,79 |
|
| BENI MELLAL |
10,14 |
|
| TAOUNATE |
10,46 |
|
| TAZA |
11,27 |
|
| SAFI |
11,30 |
|
| EL KELAA |
12,11 |
|
| BOULEMANE |
12,79 |
|
| TETOUAN |
13,43 |
|
| CHEFCHAOUENE |
13,76 |
|
| KHENIFRA |
16,67 |
|
| IFRANE |
17,15 |
|
| NADOR |
17,95 |
|
| OUJDA |
18,28 |
|
| AL HOCEIMA |
18,38 |
|
| TIZNIT |
22,82 |
|
| ESSAOUIRA |
30,96 |
|
I- Une pauvreté qui touche 62 à 99,5 % des
exploitations
L'importance des exploitations pauvres dont le revenu
annuel est inférieur à la rémunération du chef de foyer et de sa
femme, sur la base du SMAG se présente ainsi qu'il suit :
|
Régions |
% exploitations pauvres |
|
La fraction d'exploitations dont la SAU est
inférieure à la S.M.E. varie de 58% à Marrakech à 99,5% à
Tiznit. Globalement, c'est dans les régions où les conditions
climatiques sont défavorables et la terre est rare que la S.M.E.
est élevée et le nombre d'exploitations dont la superficie ne
peut assurer la viabilité est plus important.
La situation des zones montagneuses et de
piémont sont catastrophiques.
Ceci revient à conclure que la quasi majorité
des exploitations agricoles en bour ne sont pas viables. Les
dispositions notamment du Code des Investissements Agricoles
(1969) pour limiter le morcellement des terres à 5 ha en irrigué
ont été nées mortes, car un comportement de fait continue de
s'opérer dans les grands périmètres d'irrigation où le
morcellement est censé être interdit depuis 1969 (CIA).
Dans le cas des périmètres de Errachidia et
Ouarzazate, aux observations précitées s'ajoute le fait que
respectivement 96,3% et 96,9% des exploitations aient moins de 5
ha, ce qui se traduira par un blocage de toute opération
foncière.
Les agriculteurs à court de moyens pour
assurer leur subsistance s'attachent à leurs terres et origines
pour survivre. |
| EL JADIDA |
70,60 |
|
| FES |
62,00 |
|
| BEN SLIMANE |
66,14 |
|
| MEKNES |
62,00 |
|
| RABAT-SALE-TEMARA |
75,00 |
|
| TANGER |
81,50 |
|
| MARRAKECH |
58,00 |
|
| SETTAT |
59,77 |
|
| CASABLANCA |
80,00 |
|
| AGADIR |
88,00 |
|
| KHOURIBGA |
75,54 |
|
| KHEMISSET |
75,00 |
|
| AZILAL |
91,06 |
|
| SIDI KACEM |
91,50 |
|
| BENI MELLAL |
86,32 |
|
| TAOUNATE |
92,50 |
|
| TAZA |
88,70 |
|
| SAFI |
81,27 |
|
| EL KELAA |
77,54 |
|
| BOULEMANE |
92,10 |
|
| TETOUAN |
97,00 |
|
| CHEFCHAOUENE |
97,50 |
|
| KHENIFRA |
88,97 |
|
| IFRANE |
88,60 |
|
| NADOR |
95,30 |
|
| OUJDA |
91,73 |
|
| AL HOCEIMA |
96,62 |
|
| TIZNIT |
99,50 |
|
| ESSAOUIRA |
98,64 |
|
J- Un revenu non agricole inestimable qui contribue
à coup sur à la subsistance des populations pauvres
Dans les zones aride, on note une fraction très
importante de la population qui immigre vers les villes avoisinantes ou
éloignées et parfois vers l'étranger -quitte à ce qu'elle subit le
calvaire des pateras et de la clandestinité- pour chercher un gain pain.
Ce revenu multiple et est très important pour les
familles pauvres en zones arides.
V- SCENARII POUR SORTIR LES ZONES BOUR DE L'IMPASSE
La pression sur la terre a atteint son summum,
l'exploitation anarchique est étendue depuis longtemps sur les terres
marginales. Que faire pour sortir 75% de la population rurale de
l'impasse?
Les voies de développement agricoles sont connues :
4Accès
à la technologie ;
4Qualification
et gestion des ressources humaines ;
4Formation
/ Information /Organisation
K- Les tendances du politique agricole actuelle
Nonobstant la question de savoir si effectivement notre
pays dispose ou non d'une politique agricole claire et déclarée, car ce
débat peut nous entraîner dans des considérations politiciennes très
étroites et conjoncturelles, on est par contre en mesure de dire sans
risque de se tromper que tous les indicateurs sur le terrain laissent
conclure que :
4Le
secteur agricole s'oriente directement vers une catastrophe ;
4Les
pouvoirs publics ne savent plus à quel saint s'adresser ;
4Les
opportunistes continuent d'exploiter en leur faveur une situation floue et
non avenir pour l'enrichissement illicite et ce au nom de développement
du monde rural ;
4En
somme, le secteur agricole est agonisant.
Que faire?
Il faut AGIR !
L- Paquet technologique.
Le problème rencontré au Maroc, c'est l'absence
manifeste de paquets technologiques adaptées à chaque région
agro-écologique ajouté à des lacunes pour faire connaître les
techniques développées et les rendre accessibles aux agriculteurs.
Pour développer le secteur agricole, il est
nécessaire d'améliorer la productivité grâce à :
Ü une révision radicale
des systèmes d'irrigation en place. A titre d'exemple le système
d'irrigation gravitaire est souvent incompatible avec l'économie de l'eau
et l'augmentation de la productivité. La transformation de ce système
est de nature à éradiquer le gaspillage d'eau et à étendre les
superficies irriguées. Un autre exemple, dans les zones de petite
irrigation le gaspillage de l'eau est très grande et les investissements
nécessaires pour pallier à cette perte d'eau est cinq fois moins que
dans les grands périmètres d'irrigation.
Ü des variétés
végétales à meilleurs rendements adaptées à chaque région ;
Ü des technologies de
production telles que l'amélioration des systèmes d'irrigation et la
protection des végétaux ;
Ü un accès fiable, en
temps opportun et à un coût raisonnable, aux intrants agricoles
adéquats ;
Ü de solides services de
vulgarisation et une assistance technique suffisante ;
Ü une amélioration des
infrastructures socio-éducatives rurales et des marchés.
La recherche agricole et les améliorations
technologiques sont déterminantes pour accroître la productivité
agricole ainsi que la rémunération de la population rurale.
M- Un meilleur service public agricole local
En l'état actuel des choses quand on travaille sur le
terrain on a l'impression que les populations rurales subissent leur sort
et ne bénéficient concrètement pas de l'assistance technique et
financière qui relève des prérogatives du ministère de l'agriculture.
Mis à part quelques actions de vulgarisation ponctuelles et sans commun
accord avec les besoins réels du terrain, tout le travail du ministère
de l'agriculture et le tapage médiatique qui s'en suit reste prisonnier
dans les bureaux à l'échelle centrale ou provinciale. La raison en est,
entre autre, l'absence de dispositif d'intervention à l'échelle locale
et la pléthore des entités administratives relevant du ministère de
l'agriculture à l'échelle provinciale.
N- La formation et l'information
A mon avis la meilleure chose réalisée par le Maroc
depuis l'indépendance est la formation des cadres. Mais l'erreur commise
c'est de ne pas donner à ces cadres une chance pour mettre en œuvre
leurs connaissances au service du développement du pays.
Malgré la qualité de la formation des cadres, l'état
a continué à gérer les affaires publiques avec les mêmes têtes les
mêmes mentalités dans un cadre anarchique : absence d'objectifs, absence
d'évaluation, le manque d'outil pour le contrôle de la gestion des
deniers publics.
Quand on voit de près l'intensité de l'implication
des institutions nationales ou internationales au travers les projets sur
le terrain, les budgets réservés à ces projets, le nombre de visites
qu'effectuent des experts internationaux au Maroc, le nombre de stages de
formation et de missions effectués à l'étranger par les responsables et
les cadres nationaux, etc on se demandais si effectivement notre pays
tirait profit de ce ballet de va et vient effectué sur le compte de la
collectivité national (trésor ou des emprunts)?
A mes connaissances ce gaspillage d'énergie et
d'argent sert à accumuler des rapports souvent auto calqués dans des
tavernes d'Ali Baba.
Pour l'agriculteur le plus aisé du pays, qui
bénéficie de toute la générosité de l'Etat peut à premier coup vous
dire que c'est une perte sèche pour l'Etat.
Pour l'agriculteur ordinaire "Allah oumma hada
mounkar" c'est une dépense qui n'a rien apporté pour lui.
Voilà le genre de problèmes qui sont faciles à
résoudre et qui peuvent aider à économiser de l'argent et à
développer l'agriculture.
VI- CONCLUSIONS
Les problèmes du monde rural sont connus, les
tendances de l'économie mondiale sont claires, leurs impacts sur le
développement économique et social général du pays sont évidents; ce
qui manque le plus c'est L'ACTION LOCALE, CONCERTEE ET PALBAPLE SUR LE
TERRAIN.
Actuellement, on est étonné de voir sur le papier une
multitude de programmes d'action riches par la multiplicité de projets,
de sources de financement, des intervenants, des moyens mis à la
disposition des services techniques, etc. pour, malheureusement, des
actions sans commun accord sur le terrain???
C'est du gaspillage pur et simple d'énergie et de
temps compliquant sans cesse la situation dans le milieu rural.
Tout le retard enregistré actuellement en terme de
développement et de mise en œuvre de solutions adéquates implique
inéluctablement l'enfoncement du Maroc dans le sous développement. |